Alger Premier Voyage : Kasbah, Deuil et Identité (1/3)
Par Gabriel Goldberg26 avril 20266 min de lecture
Premier voyage en Algérie après le décès de mon père : récit intime entre Kasbah, hospitalité et reconquête d’une moitié de mon identité.
Je m’appelle Delphine. Je suis née en 1992, à l’aube de ce que l’on appelle pudiquement en Algérie la « décennie noire ». Mon père, lui, était un enfant de cette terre. Il a quitté son pays natal en 1974, à l’âge de 21 ans, pour venir étudier en Belgique. Il n’y est jamais retourné. Et surtout, il s’est tu. Il ne m’a jamais parlé de ses rues, de ses odeurs, de sa famille restée de l’autre côté de la Méditerranée. J’ai grandi avec une double nationalité sur le papier (mon père était musulman, ma mère est chrétienne), mais avec une seule culture dans la réalité de mon quotidien. Au fil des années, j’ai exploré le monde. Je connais l’effervescence du Maroc, la douceur de la Tunisie, la profondeur de l’Égypte. Mais l’Algérie restait pour moi un immense espace blanc sur la carte de mon identité, un mystère silencieux et intouchable. Et puis, mon père est décédé. Ce drame a été le déclencheur d’un séisme intime. J’ai pris la décision de rapatrier son corps sur sa terre natale. Par la force des choses, j’allais devoir fouler le sol algérien pour la toute première fois de ma vie, à 34 ans, dans les circonstances les plus douloureuses qui soient. Le vol vers l’inconnu et l’angoisse de l’arrivée J’ai pris mon billet pour Alger sans l’excitation habituelle des grands départs, mais avec une boule au ventre et une angoisse palpable. Comment allait se passer cette rencontre avec une famille que je ne connaissais ni d’Ève ni d’Adam ? M’accepteraient-ils, moi, la fille « occidentale », celle…