Corfou (Kerkyra) : ville vénitienne, artisans, histoire
Par Gabriel Goldberg16 juillet 20269 min de lecture
Corfou, héritage vénitien de quatre siècles, forteresses UNESCO, ruelles kantounia, ateliers artisanaux authentiques. Guide et récit d'un voyage dans la Sérénissime des Ioniennes.
Il y a des îles grecques qu'on visite pour la mer. Et il y a Corfou — que l'on visite pour la ville. Kerkyra, capitale de l'île, ne ressemble à rien d'autre en Grèce : ses ruelles étroites montent en falaises d'immeubles ocre à quatre ou cinq étages, ses églises portent des plafonds bleu roi bordés d'or, et son Liston — arcades sur l'esplanade — est un cousin explicite de la Rue de Rivoli parisienne. La raison tient en un mot : Venise. L'esplanade et la Vieille Forteresse (Palaio Frourio) au soleil couchant — le cœur vénitien de Corfou. Quatre siècles sous la Sérénissime (1386–1797) Corfou passe sous contrôle vénitien en 1386, à la demande de ses propres habitants qui préfèrent la protection de la République des Doges aux razzias ottomanes. La Sérénissime y restera quatre cent onze ans , jusqu'à la chute de Venise devant Napoléon en 1797. C'est le seul territoire de l'espace hellénique à n'avoir jamais été occupé par les Ottomans — un détail décisif qui explique presque tout de la ville actuelle. Les Vénitiens tiennent Corfou parce qu'elle est la sentinelle avancée de l'Adriatique. Ils y construisent, agrandissent, refortifient sans relâche. La Vieille Forteresse — le Palaio Frourio, posée sur un promontoire à deux têtes rocheuses (les koryphé qui ont donné son nom à l'île) — repousse trois grands sièges ottomans, dont celui de 1716 où le maréchal Schulenburg, à la solde de Venise, sauve l'île in extremis. La Nouvelle Forteresse, dressée sur la colline de San Marco à la fin…