Pourquoi les fleurs au quotidien — sur la table, dans la ville, au jardin — sont une forme d'art de vivre essentielle, surtout en mai au sortir de l'hiver.
Il y a un moment, chaque année, où je sens que l'hiver lâche prise. Ce n'est pas une date au calendrier — c'est une tache de couleur. Un cognassier du Japon qui ouvre sa première fleur dans un jardin de Bruxelles, des muscaris bleus qui sortent timidement entre deux herbes, un kiosque de quartier qui déborde soudain d'orchidées et de gerberas. À cet instant précis, je comprends pourquoi je tiens tant à vivre avec des fleurs. La première fleur du cognassier — février déjà, mais le printemps est déclaré. Sortir de l'hiver, une fleur à la fois Les hivers belges sont longs. La lumière manque, les ciels restent gris, et le corps finit par s'y habituer — un peu trop. Puis arrive ce signal minuscule : une corolle rose sur une branche encore nue. Aucun discours, aucune théorie ne fait le même effet qu'une simple fleur qui dit, sans bruit, que la saison tourne. C'est en ça que je crois profondément — les fleurs ne décorent pas le printemps, elles l'annoncent. Muscaris d'avril — ce bleu profond qu'aucun pigment ne reproduit vraiment. En avril, les muscaris colonisent les pelouses négligées et les bordures de parc. Je m'arrête. Toujours. Parce que ce bleu-là, on ne le voit nulle part ailleurs — ni dans la peinture, ni dans le textile, ni dans aucun écran. C'est une couleur qui n'existe que vivante. Une table sans fleurs n'est pas tout à fait une table Je crois — et je le défends — qu'une composition florale au centre d'une table change la nature même du repas. Pas besoin de pivoines…